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TRAN VAN KHE : « L’éducation musicale de qualité basée sur les traditions de musique nationale et locale au Viet Nam »

http://portal.unesco.org/culture/fr/files/24014/10995637815L%E9ducation_musicale_de_qualit%E9_-_m%E9thodologie.pdf/L%E9ducation%2Bmusicale%2Bde%2Bqualit%E9%2B-%2Bm%E9thodologie.pdf

« L’éducation musicale de qualité basée sur les traditions de musique nationale et locale au Viet Nam »

par Professeur TRAN VAN KHE

TRAN VAN KHE : MODES MUSICAUX dans L’Encyclopédie Universalis, Paris, France

MODES MUSICAUX

Qu’est-ce qu’un mode ? Il est difficile, sinon impossible, de trouver pour ce terme une définition simple, précise, correcte et qui convienne à tout le monde. Jacques Chailley, dans son étude intitulée L’Imbroglio des modes, a bien souligné que « la notion de mode n’est pas une notion, valable pour tous les temps et tous les pays. Elle s’est transformée au cours des siècles de telle manière qu’on ne peut la définir qu’en fonction de l’époque et du lieu où on l’examine. » L’auteur a passé en revue toutes les conceptions de modes depuis l’Antiquité grecque jusqu’à nos jours, en passant par le Moyen Âge et la Renaissance et en évoquant le rāga hindou et le maqām arabe, qu’il a classés dans la catégorie des « modes formulaires ». On se réfère ici à cet ouvrage pour tout ce qui concerne le concept des modes en Occident.

En Asie et en Afrique, les musicologues ont souvent utilisé le terme de « mode » pour désigner les tiao chinois, les chō japonais, les jo coréens, les d̄i&êdodot ;u vietnamiens, les rāga hindous, les dastgâh ou avâz persans, les maqāmāt arabes, les bhur maures. On essaiera de souligner les analogies et les caractères différentiels que peuvent présenter ces concepts, afin de retenir un certain nombre de critères susceptibles d’aider à définir la notion de mode, telle qu’elle est sentie par les musiciens d’Asie et d’Afrique.

1.  Le mode en Occident

Suivant un ordre chronologique, Chailley distingue :

– Le mode formulaire (rāga hindou, maqām arabe, musique religieuse byzantine, plain-chant primitif, les « harmonies grecques »). C’est un ensemble complexe qui comporte une échelle caractéristique, mais souvent aussi – et surtout – un ensemble de conventions permettant de l’identifier facilement.

– Le mode système, dont les structures sont fondées sur une série de « points d’appui », de « bornes » relativement fixes délimitant des groupes de notes « mobiles » (nuances et genres de la musique grecque). « L’octave est considérée comme un système multiple formé de la réunion (harmonie) de […]

… pour nos abonnés, l’article se prolonge sur  7 pages…

Affinités

Pour citer cet article

TRAN VAN KHÊ, « MODES MUSICAUX  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 2 septembre 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/modes-musicaux/

Classification thématique de cet article :

MODES MUSICAUX

Qu’est-ce qu’un mode ? Il est difficile, sinon impossible, de trouver pour ce terme une définition simple, précise, correcte et qui convienne à tout le monde. Jacques Chailley, dans son étude intitulée L’Imbroglio des modes, a bien souligné que « la notion de mode n’est pas une notion, valable pour tous les temps et tous les pays. Elle s’est transformée au cours des siècles de telle manière qu’on ne peut la définir qu’en fonction de l’époque et du lieu où on l’examine. » L’auteur a passé en revue toutes les conceptions de modes depuis l’Antiquité grecque jusqu’à nos jours, en passant par le Moyen Âge et la Renaissance et en évoquant le rāga hindou et le maqām arabe, qu’il a classés dans la catégorie des « modes formulaires ». On se réfère ici à cet ouvrage pour tout ce qui concerne le concept des modes en Occident.

En Asie et en Afrique, les musicologues ont souvent utilisé le terme de « mode » pour désigner les tiao chinois, les chō japonais, les jo coréens, les d̄i&êdodot ;u vietnamiens, les rāga hindous, les dastgâh ou avâz persans, les maqāmāt arabes, les bhur maures. On essaiera de souligner les analogies et les caractères différentiels que peuvent présenter ces concepts, afin de retenir un certain nombre de critères susceptibles d’aider à définir la notion de mode, telle qu’elle est sentie par les musiciens d’Asie et d’Afrique.

1.  Le mode en Occident

Suivant un ordre chronologique, Chailley distingue :

– Le mode formulaire (rāga hindou, maqām arabe, musique religieuse byzantine, plain-chant primitif, les « harmonies grecques »). C’est un ensemble complexe qui comporte une échelle caractéristique, mais souvent aussi – et surtout – un ensemble de conventions permettant de l’identifier facilement.

– Le mode système, dont les structures sont fondées sur une série de « points d’appui », de « bornes » relativement fixes délimitant des groupes de notes « mobiles » (nuances et genres de la musique grecque). « L’octave est considérée comme un système multiple formé de la réunion (harmonie) de […]

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TRAN VAN KHÊ, « MODES MUSICAUX  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 2 septembre 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/modes-musicaux/

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TRAN VAN KHE : La Musique au VIETNAM , conférence, La Chartreuse , 23 juillet 1989.

Participants
  • Tran Van Khé (conférencier)

La musique des peuples minoritaires
La musique populaire
La musique artistique
La musique des pierres
Les instruments vietnamiens

http://medias.ircam.fr/x83c522_tran-van-khe-la-musique-au-vietnam

LE REGARD DE CLAUDE SAMUEL : La famille Tran – La cithare à seize cordes

Le Regard de Claude Samuel
Tran Van Khe, virtuose de la cithare à seize cordes (DR)
Tran Van Khe, virtuose de la cithare à seize cordes (DR)

La famille Tran – La cithare à seize cordes – La Cinquième Symphonie de Beethoven – Adrienne Lecouvreur, l’amoureuse empoisonnée – Fin de saison

C’est un grand musicien, un homme admirable qui vient de disparaître à l’âge de 93 ans ; un homme, de surcroît, qui a passé l’essentiel de son existence dans notre pays ; respecté pour sa vaste culture et son talent d’interprète. Mais il n’interprétait pas Schubert, ni Beethoven ; il était vietnamien et jouait des instruments dont la pratique n’est pas enseignée dans nos conservatoires.

Il s’appelait Tran Van Khe ; son arrière grand-père, Tran Quang Tho, avait été musicien à la Cour de Hué ; son grand-père paternel, Tran Quang Diêm (« le plus doué », dit-il), jouait un luth piriforme à quatre cordes et inventa un nouveau système de notation par tablatures avec des indications de hauteur, de durée, de la matière d’attaquer et de toucher les notes ; quant à son père, il excellait dans le don doc huyên (monocorde) et le dàn kim.

Tran Van Khe, comme il le raconte dans un passionnant numéro de La Revue musicale publié en 1987 et sans doute difficile à trouver dans nos Fnac, entreprit dès son enfance l’étude de cet art subtil. « À cinq ans, je connaissais les pièces courtes du répertoire traditionnel pour le luth en forme de lune. À six ans, j’ai commencé à jouer du dàn cò (vièle à deux cordes) et à douze ans, le dàn tranh (cithare à seize cordes). »

 

Le plus beau tango du monde

Comme chez les Bach, famille oblige ! Mais chez les Tran, il fallait jongler avec les aléas d’une période politiquement troublée, et se faire ensuite accepter en Occident. Donc, le jeune Tran Van Khe, après avoir dirigé dans son lycée d’Hanoi un orchestre de variétés (au répertoire : certaine Valse câline, Le plus beau tango du monde et une rumba d’un ami qui avait pris le nom de Vincent Phuoco par admiration pour Vincent Scotto…), se posa la question : n’est-ce pas le moment de rénover et de moderniser la musique traditionnelle du Vietnam ?

Il apprit donc tout seul le piano (avec la fameuse Méthode Rose) et commença à jouer les Sonates de Clementi : « Je m’enfonçais, résolument et avec toute l’énergie de ma jeunesse, dans le chemin de l’occidentalisation de la musique vietnamienne. » Et c’est à Paris, où il gagna sa vie en chantant dans un cabaret de la rue Pierre Charron, qu’il eut « une prise de conscience » : « Je donnai mon piano à la fille d’un ami, le peintre Mi Thu. Je me suis remis à jouer du dàn co, vièle à deux cordes… » C’est à Paris aussi qu’il se lança courageusement dans la rédaction d’une thèse de doctorat sur la musique traditionnelle du Vietnam qui fait autorité. Puis ce fut la voie royale : le CNRS avait besoin de lui.

Pendant un grand demi-siècle, Tran Van Khe chercheur, commentateur, interprète, auteur de livres et producteur de disques se battra pour la survie d’une culture menacée traquant dans les campagnes, comme Bartók, les dernières traces d’une musique multi-centenaire.

Une des spécialités du Vietnam : les marionnettes sur eau, auxquelles Tran Van Khe a consacré un joli petit ouvrage publié par la Maison des Cultures du Monde.

« Ta-ta-ta-tâaa… »
C’est au cours de l’une de nos nombreuses rencontres devant un micro que cet homme d’esprit me raconta l’histoire d’un de ses amis vietnamiens débarquant à Paris qu’il emmena au concert pour entendre la Cinquième Symphonie de Beethoven. À la fin, Tran Van Khe demanda à l’ami s’il avait aimé :
– Euh…
– Tu n’as rien aimé ?
– Si, il y a un moment que j’ai aimé…

Tran Van Khe fredonne le thème du dernier mouvement : « Non ! Avant ! » et il revient en arrière jusqu’au fameux début du premier mouvement « ta-ta-ta-tâaa… » :
– Ce que j’ai aimé, c’était encore avant.
… lorsque les musiciens s’accordaient !

Dans les musiques traditionnelles en général, et celles d’Asie en particulier, on ne voit pas l’intérêt de faire jouer un ensemble de musiciens à l’unisson… Chaque culture a ses codes, ses  conventions, ses sensibilités et ses pratiques. C’est ce que Tran Van Khe s’efforça de nous enseigner…

Les galants se précipitaient dans les entractes de la Comédie française.

Un bouquet de violettesMagnifique, dit-on, dans Corneille et Racine, Adrienne Lecouvreur fut une des gloires du théâtre français au temps de Louis XV le Bien-aimé. Elle fut courtisée, collectionna les amants parmi lesquels l’inconstant Maurice de Saxe, futur maréchal de France, dont elle fut passionnément amoureuse. Mais elle avait une rivale en la personne de la Princesse de Bouillon, laquelle lui fit parvenir un bouquet de violettes fanées dont le parfum dégageait un poison mortel, et elle en mourut dans sa trente-huitième année.

Se non è vero, comme disent nos amis italiens, è bene trovato, si bien trouvé — et peut-être vrai, d’ailleurs, comme le soupçonnait son tendre ami Voltaire — que la triste fin de notre illustre Phèdre inspira une pièce à Eugène Scribe et Ernest Legouvé où la grande Rachel incarna un rôle à sa mesure ; quant à Sarah Bernhardt, elle fut Adrienne à la scène et même à  l’écran…

Francesco Cilea (1866-1950), le compositeur qu’une tragédienne amoureuse fit passer à la postérité (D.R.)

Une production vagabonde

Quelques auteurs d’opéras s’occupèrent aussi d’Adrienne Lecouvreur : un certain Edoardo Vera et les non moins oubliés Tommaso Benvenuti et Ettore Perosio. Vint enfin, à l’aube du XXe siècle, Francesco Cilèa dont le nom serait passé à la trappe sans cette Adrienne Lecouvreur créée le 6 novembre 1902 au Teatro Lirico de Milan (avec Caruso dans le rôle de Maurice de Saxe !), ouvrage en quatre actes que l’Opéra de Paris n’inscrivit à son répertoire qu’en 1993 dans la mise en scène de Jean-Luc Boutté avec Mirella Freni dans le rôle-titre, ouvrage qu’on vient de reprendre à Bastille dans une production vagabonde qui, de Vienne à San Francisco, a déjà fait les beaux soirs des fans d’opéra.

Sous l’effet du poison

Ce n’est, certes, pas cette production (signée David McVicar pour la mise en scène et Charles Edwards pour les décors) qui, malgré de somptueux costumes, s’inscrira dans nos mémoires, l’ensemble de l’opéra se déroulant à l’ombre d’un décor de théâtre sinon injustifié du moins particulièrement encombrant. Mais on était venu pour les voix, et ce fut magnifique.

Je ne parlerai pas de la très populaire Angela Gheorghiu que je n’ai pas entendue, mais de la bulgare Svetla Vassileva, qui vient de reprendre le rôle d’Adrienne pour les trois dernières représentations. Une artiste splendide – voix très souple, bien contrôlée, aux aigus éclatants et au murmure constamment perceptible, touchante de surcroît dans son malheur, bouleversante même au moment où elle vacille sous l’effet du poison de l’horrible Princesse de Bouillon, elle-même, l’Italienne Luciana d’Intino, cantatrice hautement méritante.

Que dire du Maurizio de Marcelo Alvarez, sinon qu’il chante parfaitement, mais qu’il donne, physiquement et dramatiquement, une piètre idée de nos héros militaires. Parfait également, vocalement et dramatiquement, le pauvre Michonnet d’Alessandro Corbelli.

Quant à la partition de Cilèa, bien dirigée par Daniel Oren, quoique pas spécialement fervent du vérisme italien, je l’ai écoutée agréablement, et même avec un certain plaisir.

Applaudissements plus que nourris. Ainsi s’achève la saison 2014-2015, la dernière préparée par Nicolas Joël. Bientôt, Stéphane Lissner sera sous les projecteurs. Ancien patron du Châtelet et du Festival d’Aix, ancien intendant de la Scala de Milan, il en a l’habitude…

Elle récite Phèdre devant la Princesse, gravement offensée… (Ph. Vincent Pontet – Opéra national de Paris)

Couv blog (2)Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans le magazine Diapason de l’été 2015 :

« Ce jour-là, 8 novembre 1793 : Création de L’Institut national de musique, futur Conservatoire de Paris »

LÊ VĂN HẢO : compte rendu de l’ouvrage de Trần Văn Khê /La Musique vietnamienne traditionnelle

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1965_num_52_2_2125

Trản văn Khê : La musique vietnamienne traditionnelle

livre musique vietnamienne traditionnelle de tvk

Lê Văn Håo   lien Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient  lien   Année   1965   lien Volume   52   lien Numéro   52-2

PHƯƠNG THÚY : Trần Văn Khê, le passionné de musique nationale

mardi, 30. juin 2015 – 17:47:15

(VOVworld) – Le professeur Trần Văn Khê, musicologue et chercheur de musique traditionnelle vietnamienne s’est éteint le 24 juin dernier à l’âge de 94 ans. Souvent décrit comme «un homme qui parcourt la montagne et la mer, criblant le sable pour  trouver de l’or».

Le professeur Trân Van Khê est considéré comme un pilier de la musique vietnamienne et mondiale. Il était membre d’honneur du conseil international de la musique de l’UNESCO et son nom figure dans l’encyclopédie de la musique mondiale. Trân Văn Khê a consacré toute sa vie à la musique traditionnelle du Vietnam.

Avec les éminents professeurs Tô Vũ et Tô Ngọc Thanh, Trần Văn Khê s’est consacré à faire reconnaitre les gongs du Tây Nguyên comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Trần Văn Khê qui résidait en France a mené de vastes recherches sur la musique traditionnelle vietnamienne et a dirigé plusieurs ouvrages de valeur nous indique Nguyễn Lưu, un journaliste. Il a encouragé et réveillé la fierté des vietnamiens sur leurs traditions culturelles.

« Le professeur Trân Van Khê s’est rendu dans un district reculé de la province de Dak Lak sur les hauts plateaux du Centre pour étudier l’ensemble des gongs en compagnie d’autres chercheurs dont Matsezart, un philippin. Il m’a beaucoup impressionné quand il nous a expliqués, en français, que le plus grand gong de l’ethnie Ede était comme une contrebasse. Nous étions très fiers de cette comparaison simple mais très pertinente du professeur Trân Van Khê. »


Trân Van Khê a aussi beaucoup œuvré pour faire connaitre la musique de la cour de Hué, les chants alternés de Quan ho et le chant des courtisanes de Ca Trù et les classer sur la liste des patrimoines culturels immatériels de l’humanité. Il était un travailleur acharné et enthousiaste capable de transmettre sa passion à la jeune génération, à ses étudiants et à ses collègues. Condamné les dernières années à utiliser un fauteuil roulant, sa passion pour la musique n’était en rien altérée. Il continuait à donner des interviews ou à assister à des tables rondes sur la musique traditionnelle.  Bien qu’âgé de 94 ans, il travaillait à numériser ses recherches sur la musique nationale pour les futures générations. Nguyễn Thị Mỹ Liêm est directrice adjointe du conservatoire de Ho Chi Minh-ville:

« Le professeur Trân Van Khê nous encourageait dans la vie professionnelle et dans nos recherches sur la musique nationale. Plusieurs jeunes gens et moi-même avons eu le bonheur de travailler avec lui. »

Pour Nguyễn Thảo Nguyên, animatrice de la chaîne VOV-Trafic, Tran Van Khe est un homme généreux, sincère, talentueux et modeste.

« Il était un professeur très proche et très aimable. J’ai eu la chance de travailler avec lui. Il m’a beaucoup appris sur le don ca tài tu et m’a aussi fait partager des leçons de la vie. Il n’est plus là aujourd’hui mais ses leçons et son héritage resteront et serviront à la jeune génération. »

Vivant loin du Vietnam, Trân Van Khê nourrissait une immense passion pour la musique de son pays. Le son des instruments traditionnels et les airs folkloriques avaient été inscrits à jamais dans ses veines d’étudiant en médecine. Musicologue mondialement réputé, Trân Van Khê restera dans le cœur des vietnamiens l’éternel amoureux de la musique traditionnelle du Vietnam./.

   

HỒ THỦY TIÊN : Tran Van Khê, passeur de musiques et messager de paix

11 juil. 2015


ARTICLE (1) ÉCRIT PAR H THU TIÊN (2)

Réalisatrice (3)

l Paris, le 3 juillet 2015 l

(1) Cet article est sous licence Creative Commons (selon la juridiction française = Paternité – Pas de Modification)

(2) Publié avec son aimable permission
(3) Références : Biographie l Le film l’Agent Orange, un bombardement a retardement


Le Professeur Tran Van Khê est décédé au Vietnam, le 24 juin 2015. Il aurait eu 95 ans le 24 juillet. Il rejoint définitivement la terre de ses ancêtres.

Il n’avait pas peur de la mort, il l’avait croisée plusieurs fois. Il avait prévu, dans les moindres détails, les cérémonies funéraires qui suivraient sa disparition car il ne voulait aucune récupération d’aucune sorte. Donc pas de funérailles nationales…

Pas de dépenses inutiles non plus. Il voulait que l’argent consacré aux fleurs ou les dons faits en de telles occasions servent à créer une bourse destinée à quelqu’un, musicien ou chercheur, qui se consacrerait à la musique traditionnelle. Il voulait que cette bourse devienne pérenne. Il souhaitait aussi que ses obsèques ne soient pas tristes et que ses ami(e)s musicien(ne)s, ses élèves jouent une dernière fois pour lui.

La maison qu’il occupait à Ho Chi Minh Ville depuis son retour au Vietnam en 2005 va devenir un lieu de souvenir dédié à la culture et à la connaissance de la musique traditionnelle, non seulement du Vietnam, mais aussi de l’Inde, de la Chine, du Japon de l’Iran… On y retrouvera les documents qu’il a enregistrés, photographiés, filmés ou publiés pendant plus de 50 ans et qui seront accessibles aux chercheurs et aux étudiants. Ses instruments de musique personnels ainsi que ceux rapportés lors de ses nombreux voyages et missions y seront exposés.

Orphelin de mère à l’âge de 9 ans, puis de père à l’âge de 10 ans, Tran Van Khê nait dans une famille dans laquelle on est musicien depuis plusieurs générations ; il sera élevé pour devenir musicien et chanteur traditionnel, même si plus tard, jeune étudiant, il s’orientera, pendant un temps, vers la médecine.

L’Histoire tumultueuse que traverse le Vietnam depuis l’occupation japonaise jusqu’à la fin de la colonisation française fera très vite basculer sa vie. Arrêté au Vietnam pour ses activités de résistant il aurait dû être fusillé. Il ne devra la vie sauve qu’à une rencontre avec un soldat français, engagé volontaire qui lui permettra de s’évader.

Et, c’est paradoxalement ce pays qu’il combat qui va l’accueillir en 1949 et dans lequel il deviendra cet ethnomusicologue respecté dans le monde entier.

Il avait combattu au Vietnam la France coloniale de l’époque, et c’est en « exil » qu’il va vivre la guerre menée par les Etats Unis contre son pays.

Cette guerre sera toujours présente en lui. En déplacement aux Etats Unis pour un congrès international, il refusera de se rendre à la Maison Blanche à l’invitation du président de l’époque, et ce, lui fait-il répondre, « tant que les Etats Unis porteront la guerre dans mon pays ». Face aux étudiants des universités américaines venus écouter le musicien, il explique la guerre du Vietnam et joue en mémoire des morts des deux pays.

Acteur-témoin de l’Histoire politique et culturelle du Vietnam et de la France, que de chemin parcouru entre le brillant étudiant en médecine, le chanteur de variétés habillé et gominé comme Tino Rossi, le musicien de jazz à ses heures perdues, l’acteur de cinéma, le diplômé de Sciences Politiques et l’ethnomusicologue, musicien traditionnel qu’il est devenu.

Tran Van Khê a donné des conférences, joué et chanté dans près de 60 pays, sur tous les continents, partageant la scène avec des musiciens prestigieux, tels Yehudi Menuhin ou Ravi Shankar. Il a fait l’objet de nombreuses émissions de radio et de télévision aux cours desquelles il a pu parler de son métier et de son engagement pour la préservation des musiques traditionnelles, patrimoine culturel de l’humanité.

Il a toujours voulu, à travers ses activités, être « un pont » entre son pays d’adoption et son pays d’origine. C’est sans doute pour cela que le président Mitterrand, lorsqu’il voulut renouer les liens avec son ancienne colonie, demandera à Tran Van Khê de l’accompagner dans son voyage.

Mais pour moi, Tran Van Khê est plus que ce personnage respecté et admiré par ses pairs, par ses étudiants et son public à travers le monde. il est cet oncle avec lequel depuis l’enfance j’ai tissé des liens d’amour et de complicité et au sujet duquel j’ai entrepris, il y a une vingtaine d’années la réalisation d’un film.

Tran Van Khê est entré dans ma vie par la magie du cinéma, j’avais six ans. Un jour, ma mère m’amena au cinéma. Sur l’immense écran, je découvris le visage et la voix de l’homme qui changea ma vie ; Tran Van Khê jouait le rôle d’un policier dans un film d’André Pergament, intitulé « La rivière des trois jonques ». Je le trouvais sévère mais juste ; il représentait la loi !

Cousin de ma mère, ils s’étaient perdus de vue à cause de la guerre. En 1958, il emménage avec nous dans la proche banlieue parisienne. Merveilleux conteur, il nous racontait chaque soir avant le coucher, « le Singe Pèlerin ». Il accompagnait ses paroles avec les gestes du théâtre chinois, ménageait ses effets et le suspense. Nous étions fascinés. Au fil des années, c’est lui qui m’éduquera, mettra en chansons mes tables de multiplication, mes cours d’histoire, de géographie et de sciences naturelles afin que je les retienne plus facilement … Il était fier de ce que j’étais devenue. Je lui dois beaucoup. Ma peine est immense…

En avril dernier, j’étais au Vietnam, je lui ai rendu visite chaque jour pendant 2 mois, équipée de ma caméra pour saisir tous les instants qui pourraient encore enrichir mon film.

Lorsque j’arrivais à 9h, sa journée était déjà bien commencée ; il avait pris connaissance des nouvelles du monde, dicté son courrier, ses réponses sur son Facebook. Puis il se mettait au travail ; toutes ses recherches ayant été consignées en français, aidé de son assistant, il écoutait, répertoriait des enregistrements datant de plusieurs décennies. Il donnait le lieu, la date, et le nom de l’instrument de musique. Sa mémoire et son envie de transmettre étaient intactes.

L’après midi, il dictait les pages qui devaient être celles d’un nouveau livre le concernant, constitué essentiellement de photos inédites, drôles, étonnantes de lui. Il écoutait et choisissait les chansons qu’il avait interprétées dans des versions inédites, certaines remontant à plus de 50 ans. Elles devaient sortir sous forme de CD. Il se réjouissait, en préparant ainsi son 95ème anniversaire, à l’idée de montrer une facette inconnue, moins « sérieuse» du personnage officiel.

Puis venait mon tour de lui prendre un peu de son temps précieux. Sa vue ayant beaucoup baissé, il ne pouvait pas lire la retranscription de ses interviews que j’avais filmées en français. Comme je ne voulais pas d’une autre voix que la sienne pour le doublage en vietnamien, alors, je les lui lisais et il devait les mémoriser pour les traduire fidèlement, puis les enregistrer. En raison de son âge, j’avais prévu 2h d’enregistrement par jour pendant 15 jours, mais il ne nous faudra que 3 jours pour tout achever. Sa voix était toujours aussi puissante et magnifique. Il nous a tous surpris, il était heureux et impatient de voir le film terminé.

Lorsque je l’ai quitté le 24 mai, nous nous étions donné rendez vous pour le mois d’octobre, pour la diffusion du film à la télévision vietnamienne. Il ne sera pas au rendez vous.

Lire aussi l Trần Văn Khê, l’éminent chercheur

http://www.adaly.net/2015/07/11/tran-van-kh%C3%AA-passeur-de-musiques-et-messager-de-paix/

SOIRÉE D’HOMMAGE AU PR. TRẦN VĂN KHÊ, festival de l’imaginaire, 26 novembre 2015 à 19h, 101 Blvd Raspail, 75006 Paris

• Soirée d’hommage
Jeudi 26 novembre 2015 à 19h

Scène ouverte aux peuples et civilisations du monde contemporain et à leurs formes d’expression les moins connues ou les plus rares

Maison des Cultures du Monde – Entrée libre
101 Boulevard Raspail, 75006 PARIS

HOMMAGE
À UN HOMME LUMIÈRES

> Le professeur Tran Van Khê

Rendre hommage à la mémoire du Professeur Tran Van Khê est un devoir que la Maison des cultures du monde se doit d’accomplir. Elle le fait par admiration et respect pour cet éminent musicologue qui lui a fait l’honneur de son attention et de sa collaboration. Elle le fait aussi par amitié, celle qui lie les passionnés de découverte et de connaissance des cultures du monde.

Lui rendre hommage c’est aussi rendre hommage à l’ouverture, à la générosité du musicologue toujours soucieux de « donner », de faire connaître, jamais avare de son savoir.

Ses amis, ses collègues, ses disciples présenteront films et documents sonores et témoigneront de l’œuvre du grand érudit disparu.

Chérif Khaznadar

Le programme de cet hommage sera disponible à partir du 30 septembre.

Entrée libre dans limite des places disponibles

http://www.maisondesculturesdumonde.org/activites/festival-de-limaginaire

www.festivaldelimaginaire.com (bientôt en ligne !)

> Télécharger la brochure programme de l’édition 2015

> Télécharger le dossier de presse de l’édition 2015